Partager l'article ! L'Afrique n'est pas un laboratoire scientifique: Je suis presque étonnée de la position des médias français sur l'affaire de l'Arche de Zoé. ...
Je suis presque étonnée de la position des médias français sur l'affaire de l'Arche de Zoé.
Que d’attaques et de fustigations de parts et d’autres (cf. C dans l’air) ! Une fois de plus, les journalistes ont fait preuve de mépris et de mauvaise foi. Notre président Sarkozy ayant déclaré
qu’il viendrait « chercher lui-même les inculpés, quoi qu’ils aient fait » portant ainsi directement atteinte à la souveraineté nationale tchadienne.
De quel droit la France se permet-elle de mettre la pression à un autre Etat ? Le gouvernement n’a pas hésité à convaincre à tout prix le président tchadien d’interférer sur le déroulement et l’issue du procès, chose qui est illégale en théorie. Pourquoi la France dénigre t’elle autant la justice quand elle n’est pas issue de ses rangs ?
Sommes nous exempts de toute critique, nous Français ? Certainement pas !
Que je sache, bon nombre d’Africains purgent leur peine dans nos geôles et personne n’y trouve quelque chose à redire.
En bons donneurs de leçons, les médias s’enflammaient sur certains aspects politiques et démocratiques tchadiens, les circonstances factuelles de l’affaire, eux, n’étaient que partiellement abordés dans le seul objectif de déresponsabiliser les acteurs français. En bref, les méchants Tchadiens ont fait cela pour le fric, les bons Français pour la bonne cause ! Naïf résumé !
Pourtant la part de responsabilité est incontestablement imputable aux deux côtés, position peu partagée par la majorité, préférant mettre en avant les maigres preuves d’innocence d’Eric Breteau et de ses amis : une vidéo tournée par ces derniers, dans lesquels ils expliquaient leur intention de « sauver des orphelins de la guerre ». Vidéo qui pourtant montrait que les Français avaient opté pour l’illégalité de leur « noble » opération, sans aucune raison légitime.
La vidéo n’exprimait elle pas plutôt la volonté de l’association d’enlever des enfants sous couvert d’humanitaire ? Je laisse la réponse à l’opinion de chacun. Cependant pourquoi avoir choisi l’illégalité quand des centaines d’associations travaillent de concert avec les gouvernements des Etats dans lesquels ils agissent ?
Cette question pourrait conduire à une éventuelle réponse : L’Arche de Zoé ne s’est pas soucié de l’origine de ces enfants dans l’unique but de satisfaire les parents en attente d’orphelins à adopter. En tout cas ce qui est incontestable c’est que les Archers ne se sont pas donnés les moyens de vérifier scrupuleusement la provenance de ces enfants, à supposer qu’ils l’ignoraient, ce qui est une erreur impardonnable étant donné l’enjeu.
Enfin peu importe maintenant, la France a tout de même réussi à extrader ses nationaux quand bien même aucune extradition n’était possible au vu de l’accord France-Tchad (article 49-C "l'extradition est refusée quand une infraction est commise en tout ou en partie sur le territoire de l'Etat requis"). Deux poids, deux mesures ? Clairement, oui.
Le Tchad s’est aussi laissé impressionner par son homologue en condamnant les voleurs d’enfants (n’en déplaise à certains, la manœuvre de l’association est un vol aussi louable – encore une question de point de vue – soit-elle) à huit ans de travaux forcés, peine qui n’existe pas en droit français ce qui a pour résultat (une conséquence prévue, voulue ou imposée ?) la libre appréciation du juge pénal français quant à l’équivalence.
Attendons le 14 janvier pour l’ultime round en France.
Pour vous donner une idée, le Code Pénal en son article 224-1 énonce que le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle. L’article suivant pose une peine de trente ans lorsqu’il s’agit d’un groupe de personnes à l’égard de plusieurs autres. Sans compter le fait qu’il s’agit d’enfants et d’une association qui se protège derrière sa charité. Bref, encore faut-il prouver l’élément intentionnel.
Mais que les défenseurs des archers soient rassurés : le juge français n’a pas compétence à rejuger les faits, il va simplement adapter en droit français la fameuse peine des travaux forcés, ce qui n’est pas difficile en soi. Je me demande aussi pourquoi les membres de l’association se sont totalement désolidarisés de leur chef. Ce dernier est allé jusqu’à mentir en certifiant à ses copains que leur opération avait l’aval de Cécilia Sarkozy ! Triste et stupide argument pour s’autoriser le kidnapping d'enfants. Mensonge, illégalité et conflit d’intérêt entre les deux Etats (des militaires français sont sur place pour soutenir le gouvernement en place pourtant critiqué et dictatorial), c’est tout ce que je retiens de cette affaire et c’est mon droit.
Certes l’Afrique a besoin d’associations à but non lucratif, certes de nombreuses fondations ont agit et continuent de le faire pour une bonne cause mais que certains prennent rapidement conscience que l’Afrique n’est pas un laboratoire et ses habitants ne sont pas des souris sur lesquels on peut se permettre tout et n’importe quoi sous couvert d’humanitaire.
EXTRADITION : "procédure d'entraide répressive internationale par laquelle un Etat, appelé Etat requis, accepte de livrer un délinquant qui se trouve sur son territoire à un autre Etat, l'Etat requérant, pour que ce dernier puisse juger cet individu ou, s'il a déjà été condamné, pour lui faire subir sa peine; d'après mon lexique des termes juridiques" ;14ème édition DALLOZ.
Autrement dit une extradition n'a pas forcément lieu avant un jugement. Si tous les condamnés français du monde purgeaient leur peine en France, ça se saurait.